Armèle, c’est mon pseudo. Pour l’instant je suis étudiante en Erasmus en Allemagne et je me demande bien pourquoi j’en suis encore à faire des études. Je parle français et allemand.Et je me débrouille suffisamment en anglais pour lire des livres et des articles, regarder des films et suivre des conversations en anglais. J’aurai en fin d’année deux diplômes (une licence d’économie-gestion et une maîtrise d’allemand). Je suis donc, pour résumer l’idée, ce que l’on appelle très chaleureusement une intello (avec trois ans de classe préparatoire derrière moi) et je suis épuisée rien qu’à l’idée de devoir faire ne serait-ce qu’une année d’études supplémentaire.

J’ai toujours eu de très bons résultats, et je ne comprends pas pourquoi il me faudrait, une année de plus, apprendre des choses qui, soyons honnêtes, ne me serviront jamais (concrètement, je ne vois pas comment je pourrai replacer dans une conversation le fonctionnement du circuit économique de Quesnay, sauf pour étaler ma science en disant qu’il a été précurseur de la conception cyclique de l’économie. Et patati, et patata.). Il me semble que j’ai déjà prouvé que j’étais capable de bien apprendre tout par cœur, que j’étais capable de synthèse, que je savais faire de belles dissertations, que je pouvais formuler des raisonnements. Pourquoi cela n’est-il toujours pas suffisant ? Pourquoi dois-je travailler sagement alors que je suis sûre qu’avec un diplôme ou sans, je saurais très bien m’adapter à n’importe quel environnement professionnel (pourvu que ce ne soit pas de la chimie, de la physique ou de la biologie, question d’affinité !) ?

Ma maladie s’appelle « l’inflation des diplômes » (Marie Durut-Bellat). Là, c’est le moment où je me dis que mes années prépa me permettent quand même d’avoir la classe, quelque fois. « L’inflation des diplômes », ça veut dire que vu que de plus en plus de gens ont des diplômes, ces diplômes ont relativement moins de valeur (ils ne permettent plus de faire la différence avec d’autre candidats à un poste).

Puisque « tout le monde a le bac », il faut continuer dans le supérieur, pour avoir les meilleures opportunités d’emploi. Mais puisque tant de gens ont une licence, il faut au moins continuer jusqu’au master. Et comme on a une fierté et qu’on veut avoir le meilleur diplôme possible, on continue en doctorat. Et là badaboum, tu te présentes à un entretien d’embauche et le directeur des ressources humaines te dit que quand on étudie aussi longtemps, c’est que l’on n’a pas envie de travailler et que l’on est un mauvais candidat !

Alors, que faut-il faire ? Etudier plus longtemps en vaut-il la peine ou non ?

Comme pour mettre le doute : les taux de chômage. En mars 2015, d’après Eurostat, c’est 10,6% en France, 23,0 en Espagne… 4,7 en Allemagne. Ouf, je parle allemand, il y a peut-être un espoir (n’empêche que dans ces chiffres, qui est comptabilisé ? C’est à partir de quel moment, le chômage ? – Merci encore une fois à mon professeur de khâgne de m’avoir ouvert l’esprit !). Ce n’est pas vraiment rassurant. Est-ce que j’aurais fait tout ça pour me retrouver au chômage ? Pour que le poste de mes rêves me passe sous le nez parce que le fiston du patron est candidat ? Pourquoi, pourquoi, POURQUOI ?

C’est assez, je n’en peux plus, j’ai besoin d’air : j’arrête tout et je pars… aux Philippines !

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