Le contrat a été signé hier et devrait arriver demain par la poste à Sigmaringen.

C’est décidé, je pars aux Philippines et je vais faire un stage aux Philippines à Davao, sur l’île de Mindanao, en marketing.
En réalité, j’ai été amenée à cette décision par un heureux concours de circonstances (tout de même préparé en amont par mon impérieuse envie de m’échapper de ce monde et de vivre enfin MA vie). J’avais toujours eu envie de faire des grands voyages, mais cela n’était pas trop possible.

Je suis allée en Allemagne, c’est vrai, et j’ai fait du Woofing en Irlande (d’ailleurs, un jour, j’écrirai un article sur ce thème, parce qu’il y a beaucoup de choses à en dire, mine de rien !). Mais sinon, mes connaissances d’autres cultures se limitent aux livres que j’ai lus, aux films que j’ai vus, et à tous les récits qui m’ont été rapportés.

Et dans tout cela, comment savoir ce qu’est vraiment le monde ? Comment savoir si les images des villages africains sont vraiment représentatifs de la vie africaine ? Comment savoir ce qu’est l’Amérique du Sud avant d’y être allée ?
Avant de commencer mes études, j’avais pensé faire une année de césure à l’étranger. Imaginez les réactions de mon entourage : « quand on commence des études par une année de césure, on n’est pas prêt d’en avoir fini » ou « partir un an à l’étranger et repousser ses études, c’est un piège car tu n’auras plus jamais le courage de faire des études après. » Vive l’enthousiasme.

Et c’est ainsi que je me suis embarquée dans trois années de classe préparatoire (ne me demandez pas pourquoi j’ai fait ça, ce n’est pas encore très clair dans ma tête !).

Je vais faire une ellipse sur mes années de prépa et vais vous parler de l’après-prépa (dans le jargon des CPGE, c’est vraiment un concept, ça veut dire qu’il y a de la lumière au bout du tunnel, et que l’on va enfin découvrir la VRAIE vie). J’ai eu la chance de pouvoir aller directement en Erasmus en Allemagne et là j’ai rencontré… des Allemands.

Bon, c’est vrai, dit comme ça, ce n’est pas original, mais c’est parce que vous n’avez pas lu la suite. Les Allemands ont une conception bien différente des Français en ce qui concerne les années de césure. Après le Bac (l’Abitur), de plus en plus de jeunes font un FSJ (« Freiwilliges Soziales Jahr »), c’est une année de volontariat qu’ils ont la possibilité de faire à l’étranger.

En Allemagne, c’est très bien vu de partir un an (cela permet de faire une expérience linguistique et culturelle, de mûrir, de se découvrir) et cette pratique s’est accentuée depuis la réforme de l’enseignement par laquelle les collégiens-lycéens ne restent plus au Gymnasium 13 ans mais 12 (à tous les profanes, Gymnasium ne veut pas dire gymnase mais Lycée. Imaginez passer 12 ans dans un gymnase, c’est pas l’extase !). Cela signifie que l’année de la réforme, deux niveaux se sont vus accéder à l’enseignement supérieur en même temps (le niveau 13 qui devait finir son programme et le niveau 12 qui devenait la nouvelle Terminale). Comme l’Université ne pouvait pas s’adapter aussi rapidement et que les places étaient limitées et les nouveaux étudiants plus jeunes, ceux-ci ont été encouragés à faire une année civique (ou bénévole). L’idée s’est implantée, les Allemands sont épanouis, et ils ne renoncent pas aux études pour autant !!

Alors j’en suis arrivée à me demander : si les Allemands peuvent passer une année à l’étranger et ne sont pas stigmatisés « paresseux » et continuent leurs études au retour ET en plus sont brillants dans ce qu’ils font, pourquoi mon ADN française réagirait-elle différemment ?

Alors en septembre, alors que je multipliais les rencontres d’étudiants – voyageurs du monde et que mon désir (et ma jalousie) ne cessaient de croître, je me suis dit : Si les Allemands partent, moi aussi ! De toute façon, pourquoi chercher à plaire aux recruteurs français puisque de toute manière les offres d’emploi sont surtout en Allemagne ?

Et c’est ainsi que j’ai commencé les recherches. Mais comment m’y prendre ? J’avais envie de partir en Amérique du Sud. J’étais tellement motivée que je me suis mise à l’espagnol et ai pris des cours de salsa. Mais le site français service civique ne proposait pas de projets un an à l’avance, offrait d’ailleurs peu de missions qui de surcroît ne correspondaient pas à mes attentes. J’ai alors commencé à voir grand : il me faudrait un projet dans lequel je puisse être créative : de la musique, du dessin, des activités d’apprentissage ludique, de la littérature. Toutes ces choses qui m’ont toujours attirées mais que je n’ai jamais pu réaliser parce que j’étais trop occupée à être une  étudiante parfaite (ou du moins, à essayer de l’être et surtout, de le paraître).

J’ai envoyé des messages partout, surtout à des associations allemandes (qui proposent des projets à des prix plus modérés qu’en France), et là pas de chance : toutes exigeaient de moi que je sois allemande ou vive de manière permanente en Allemagne ! J’ai entamé les négociations, suis parvenue à un compromis, mais les démarches étaient longues, et j’avais besoin d’une réponse rapide.

Nous sommes en mars, il est 21h, je continue ma course aux projets bénévoles. Et là, coup de chance, je reçois un message du président d’une association allemande (nous communiquons en allemand) qui m’annonce que mon message l’intéresse et qu’il a peut-être quelque chose pour moi. Il s’agit d’un stage de marketing aux Philippines dans un village d’enfant (un « Kinderdorf » pour recueillir les enfants des rues). Il m’assure que je peux organiser ma journée de travail comme je l’entends, être libre d’entreprendre des activités nouvelles avec les enfants et que mon rôle ne sera pas limité à du marketing. Je lui fait part de mon projet d’éducation par l’art ; il est convaincu. Après des échanges de courriers et d’appels téléphoniques, après nous être rencontrés personnellement, il me donne trois semaines pour décider si oui ou non je décide de m’engager.

J’avoue qu’au début, j’ai eu un peu peur : c’est une zone à risque (terrorisme, catastrophes naturelles, maladies), mais j’ai besoin d’une expérience nouvelle, j’ai besoin d’être choquée et de sortir de mon quotidien. J’ai aussi envie de faire quelque chose d’utile, de me prouver que j’ai un rôle à jouer et que je peux, à échelle humaine, changer des choses sur cette planète. J’ai envie d’avoir le temps de faire de la musique, de chanter, d’écrire. J’ai envie d’enseigner les beautés de ma langue avec mes propres méthodes.

Je prends contact avec une bénévole actuelle, elle est toujours vivante, motivée, me décrit ses expériences et me fait rêver. Il FAUT que j’y aille.

 

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