Vous êtes sur le point de passer votre Bac, et donc pour l’instant, vous avez sûrement autre chose à faire que de vous renseigner sur la prépa.

Mais comme ici, il pleut et que j’ai largement le temps de préparer plus tard mon exposé de sociologie des marchés financiers, je vais commencer tout de suite à vous donner quelques précisions sur le monde des classes préparatoires et vous parler de ma filière, ce que j’ai aimé, ce que je n’ai pas aimé et surtout pourquoi cette formation, malgré tout le mal que je peux en dire, a tout de même ses vertus.

D’abord, la prépa, c’est quoi ? 

Première bonne question (l’avantage des monologues, c’est que les questions comme les réponses sont toujours bonnes !). La prépa, c’est le terme courant pour désigner les CPGE, Classes Préparatoires aux Grandes Ecoles. En France, beaucoup de formations s’appellent prépa : classe préparatoire à Science Po, classes préparatoires à des écoles d’architectes, à des écoles d’art… mais ce n’est pas de ces prépas que je souhaite parler, car celles que je viens de citer sont déjà des formations très spécialisées, et dont l’état d’esprit et la pression quotidienne n’ont rien à voir avec les CPGE (mais attention, ce sont quand même des formations ambitieuses !).

La CPGE (BCPCT, MPSI, PCSI, PTSI, ECS, HEC, AL, BL) est une formation pluridisciplinaire intensive. Pour faire simple, il y a des voies scientifiques (avec de la bio, des maths, de la physique, de la chimie, des sciences industrielles, mais aussi des langues et de la philosophie), les commerciaux (histoire, statistiques, langues, philosophie, littérature, économie), les littéraires (histoire, langues, philosophie, littérature, éventuellement géographie) et, last but not least, la voie littéraire et sciences sociales BL (histoire, langues, philosophie, littérature, mathématiques, économie, sociologie, éventuellement géographie).

Quelle est la particularité de la BL ? 

La différence entre ces différents parcours, ce sont les matières dominantes (la BL a de l’économie, des sciences sociales et des mathématiques, ce que l’on ne retrouve pas dans la voie littéraire classique AL) et la manière d’aborder chaque discipline.

Explication : il n’y a a priori pas de réelle différence entre les classes préparatoires aux écoles de commerce et la BL en termes de matière. Cependant, en prépa commerciale, il y a plus d’économie (et plus mathématisée), et l’étude de littérature, philosophie et histoire doit seulement apporter une certaine culture générale. En BL, l’objectif d’acquisition d’une culture générale est également bien vivace, mais ce n’est pas tant le contenu qui compte que le raisonnement, la manière de poser un problème et d’y répondre (bien sûr, cela n’est possible que si les connaissances ont été vraiment approfondies).

Par rapport aux voies scientifiques, le programme en mathématiques est moins dense (mais équivalent aux prépas commerciales) ; par rapport au prépas littéraires, le programme est plus général. En effet, les littéraires AL ont certains ouvrages au programme en littérature (3 ou 4), qu’ils doivent potasser pour préparer leurs examens, ils ont un thème bien précis en philosophie (la métaphysique ou la morale, ou épistémologie ou la conscience ou…) et en histoire (les Etats-Unis ou l’Europe ou la faim dans le monde ou…). Mais en BL, tous les sujets sont possibles et on ne sait jamais sur quoi on va tomber, du coup il faut apprendre en philosophie la métaphysique et la morale et l’épistémologie et la conscience (etc) et en histoire il faut maîtriser les Etats-Unis et l’Europe et la faim dans le monde (etc). En littérature aussi, il faut avoir tout lu, pareil en éco. C’est un programme surhumain, ce qui fait selon moi la difficulté de la BL par rapport aux autres formations (c’est aussi pour cela qu’elle est selon moi la meilleure, mais là encore, c’est à vous de voir). Dans mon lycée, on rigolait bien quand les AL se plaignaient de la surcharge de travail, parce que nous, on avait plutôt l’impression qu’ils n’avaient jamais de colles. Parce que nous en comparaison, on avait éco-socio toutes les trois semaines, maths toutes les deux semaines, je peux vous dire que ça représente beaucoup beaucoup beaucoup de sang et de larmes.

Pourquoi faire une prépa BL ? 

En France, la CPGE est un concept. Quand le mot « prépa » est prononcé, tout est dit. Pourtant, quand je suis allée en Allemagne lors de mon année d’hypokhâgne et que j’ai parlé de « Vorbereitungsklasse für Elitehochschulen » (la traduction littérale proposée par Pons), mes amis m’ont répondu : « d’accord, tu veux aller en grande école, mais quelle école, plus précisément ? ». Et là, je me suis aperçue que je n’avais pas de réponse à donner et qu’effectivement, lorsque l’on se prépare, il faudrait savoir à quoi. 

La plupart des étudiants de CPGE ne savent pas trop pourquoi ils sont là. Ils ont entendu dire que la prépa était une bonne formation, qu’elle permettait de passer le concours de nombreuses écoles et que les étudiants y étaient meilleurs qu’à la fac (je ne fais que répéter les rumeurs, je ne déclare pas la guerre à la fac ! *drapeau blanc*).

Après tout, je pense que si vous êtes motivés pour travailler, pour apprendre plein de choses nouvelles, et que vous voulez vous obliger à viser au-dessus de la médiocrité, la prépa peut être faite pour vous. Rien ne vous empêche d’essayer un an. Avec le système des équivalences, vous pourrez très bien rejoindre la fac de votre choix si vous décidez que votre truc, c’est la géographie ou l’espagnol !

Si vous choisissez de rester en Khâgne, il va falloir choisir cependant quels concours vous allez passer, ce qui n’est pas une tâche aisée. Mais au moins avec la BL, vous avez suffisamment de connaissances pour passer ce qui vous plaît : science po, écoles de commerces, écoles d’ingénieur (ENSAI, ENSAE, ENSIM), écoles de commerce, écoles de journalisme, Ecoles normales supérieures (Ulm, Lyon, Cachan). Donc ne faites pas comme moi, renseignez-vous un peu avant la fin de l’hypokhâgne (dire que j’ai fait trois ans, trois, parce que je n’ai pas fait cet effort de recherche !!).

Pour les concours spécialisés (journalisme, architecture), il faut bien sûr se préparer à côté des cours, alors que le volume de travail en BL est déjà très important. Ce n’est pas évident !

Bilan : 

Alors voilà, vous devriez tenter votre chance en prépa si vous avez envie de donner le meilleur de vous-mêmes et de surpasser vos limites, et vous ne le regretterez pas, parce que vous serez ensuite capables de tenir une conversation sur n’importe quel sujet, vous serez capables de critique, vous aurez de vrais références qui vous rendront crédibles, des vrais capacités d’argumentation. Vous aurez peut-être une école très prestigieuse (il y en a beaucoup, et tout le monde a ses chances) et vous pourrez travailler très vite, si bien que vous aurez le temps de faire à côté des cours une multitude d’activités : sport, musique, bénévolat, double diplôme, 2 jobs pour moi par exemple.

Si vous êtes sujets aux crises d’angoisse, que dans le stress, vous voyez tout en blanc et devenez incapables d’écrire, si vous savez exactement ce que vous désirez faire et qu’il y a une autre porte d’accès qui vous permet de vous spécialiser, alors choisissez une autre voie.

L’essentiel : faites ce qui vous rend heureux et fiers ! Carpe diem (dans la mesure du possible).

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