A l’aube de la liberté, voilà que vous vous posez tout un tas de questions et vous vous trouvez dans une des situations suivantes :

– Vous avez eu de bonnes écoles, mais vous voulez avoir mieux ;

– Vous n’avez pas eu d’écoles mais vous avez eu de bons résultats, et vous rêvez d’une école particulière

– Vous n’avez pas eu d’écoles, vos résultats étaient moyens, mais vous rêvez d’une école particulière

– Vous êtes un grand indécis, vous voulez bien une école, mais vous ne savez pas trop laquelle et vous n’avez pas commencé les démarches pour aller à la fac

Dans chacun de ces cas, il est logique de se demander : « Pourquoi ne pas khûber » ?

Rares sont les étudiants qui se déclarent prêts à khûber dès le début de septembre. Jusqu’au concours en avril-mai, tous jugeraient un tel acte comme une perversion abominable. Puis après avoir digéré les épreuves écrites, le monde de la prépa ne semble plus si terrible : les épreuves écrites se sont mal passées (souvent), mais après tout, pas pire non plus que pendant l’année, et pendant l’année, il y a aussi des bonnes surprises (parfois).

Et puis surtout, juin sent la fin. Il reste parfois des épreuves à passer, mais cette fois, pour de bon, c’est la dernière ligne droite et ensuite… ensuite. Que faire ensuite. Vous savez qu’à présent, votre destin est entre vos mains, et vous vous sentez libre de choisir. Hélas !

Avant de prendre une décision trop rapide, essayer de vous souvenir de qui étaient les éventuels khûbes de votre classe (parfois il n’y en a pas, comme dans mon cas, ce qui est à mon avis bien dommage). Ont-ils pu intégrer une écoles ? Ont-ils eu l’air de bien réussir ? Qu’ont-il dit ? Comment se sont-ils comportés avec la classe et les profs ? Pourriez-vous vous identifier à eux ?

Quelle est votre motivation profonde ? Voulez-vous vraiment cette école ? N’est-il pas possible de passer les concours après une année à la fac ? (concours passerelles pour les écoles de commerce ; à l’ENSAE, il y avait même un fâkheux en magistère d’économie, qui a apparemment bien réussi)

Pesez le pour et le contre. Nous savons tous qu’il est très important d’avoir des amis en prépa. Etes-vous prêts à démarrer dans un nouvel environnement ? A devoir vous trouver de nouveaux amis ? A prendre le risque d’être trop seul ?

Dans tous ces cas, il faut vous questionner sur votre sentiment de l’année passée – la khâgne. L’avez-vous bien vécue ? N’avez-vous pas souhaiter en finir au plus tôt ? Avez-vous eu de bons résultats ?

Pensez à toutes les choses qui sont possibles… quand on n’est pas en prépa : s’engager associativement (donc ce rendre utile), aller prendre un café, dormir jusqu’à 9 heures, faire des soirées, avoir un job, faire du sport, du dessin, de la musique, voyager, faire une année ou un semestre Erasmus, renouer les liens avec vos proches, faire des crêpes à n’importe quelle heure, apprendre une troisième voire une quatrième langue…

Les concours que vous visez sont-ils si importants que vous seriez prêts à renoncer à votre libération ?

Pensez aux samedis de labeur, pensez aux colles, au mal de ventre en attendant votre tour. Pensez à cette détresse en entendant votre note, pensez à votre prof qui vous rend les copies classées. Pensez à votre peur d’être le dernier, bref, pensez à tout encore une fois.

Je ne dis pas qu’il ne faut pas khûber. Il y a des gens qui savent ce qu’ils font. Et puis il n’y a pas à dire, la formation en prépa est excellente, et vous retrouverez rarement des professeurs qui s’intéressent à votre cas particulier. Vous retrouverez rarement cet esprit d’entraide qui règne dans la classe et de la khâgne à la khûbe.

Je dis qu’il y a d’autres choses dans la vie, et qu’il ne faut pas avoir peur de leur ouvrir les bras et d’accepter de ne pas être parfait.

Mon année de Khûbe a été vraiment particulière. D’un côté, elle m’a redonné goût à la prépa : je travaillais nettement moins (peut-être est-ce là ma faute), j’ai eu le temps de courir, de faire de la musique avec un ami. J’ai trouvé enfin des amis germanistes. Les professeurs et la classe ont été très accueillants alors que je venais d’une autre prépa… j’ai eu de meilleures notes globalement, mais pas toujours, ce qui est difficile à accepter. Je pensais que je serais plus sûre de moi, ce qui n’a pas vraiment été le cas, parce que j’avais la pression de devoir être meilleure sous le prétexte que j’étais khûbe.

J’ai profité de cette année pour acquérir de vraies connaissances et renforcer celles que j’avais, j’ai accepté (partiellement) de ne pas tout savoir, et surtout, j’ai enfin compris la méthode de la dissertation (ouf, il était temps). Je suis pour cela tout particulièrement reconnaissante d’ailleurs à ma prof de lettres de khûbe qui a pris du temps en dehors des cours pour revoir la méthode avec moi, ce qui a fait passer mes notes de 8 à minimum 12 dans toutes les matières !!

De plus, j’ai eu de bons résultats aux qui ont « légitimé » ma khûbe et sans lesquels j’aurais été frustrée d’arrêter.

Seulement… le résultat pour moi est le même, et malgré de bonnes écoles (les Ecricomes, Ensai, et des Sous-Admissibilités), j’ai choisi la fac parce que j’avais la possibilité d’aller directement en erasmus… Mais n’aurais-je pas pu avoir cette possibilité dès la fin de ma khâgne, avec une meilleure organisation ?

Je ne sais pas trop qu’en penser pour l’instant, mais je voulais tout de même vous dire : réfléchissez-bien, écoutez-vous, faites le choix qui vous rendra le plus heureux.

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