A l’orphelinat, depuis quelque temps, nous avons de gros problèmes financiers. Les mamans ont un budget réduit et ne savent pas comment faire pour acheter à manger. Alors elles ne paient plus de gaz pour faire chauffer le four, parfois elles ont renoncé au produit à vaisselle. A chaque réunion le lundi, c’est le même problème qui revient. Les fenêtres sont cassées, mais nous ne pouvons pas payer la réparation, alors nous attendons. Les bambous des volontaires ne sont alimentées en eau que par un système électrique mais nous ne pouvons pas financer la réparation de la pompe à eau solaire, alors nous attendons, même si nous savons que cela nous coûte plus cher à long terme.


Les enfants ne font pas tellement attention à ces détails. Je ne sais pas s’ils ont remarqué qu’il y a de moins en moins de viande dans les plats, ou que la chair de viande est à présent remplacé par du gras et des os.

Même sans jeux, les enfants jouent, toujours.

Quand il fait chaud ils restent à l’ombre et chantent ou font d
es dessins (ou des bêtises). Quand il pleut ils sautent dans les flaquent ou font des châteaux de boue (ou… des bêtises).

Lorsque nous sommes allés courir, ils m’ont faire découvrir une plante spéciale, dont la sève est gluante. Ils l’ont cassée en deux et l’ont portée à leur bouche. J’étais sur le point de dire : « non ne mettez pas n’importe quoi à la bouche c’est sale ! » quand des bulles se sont échappées de la plante.

Il y a une chose qui ne cessera jamais de m’impressionner, c’est la manière dont les enfants arrivent à se créer des jeux, même lorsqu’ils n’ont rien. Ils jouent aux billes avec des cailloux. Ils jouent à faire sauter des élastiques en tapant des mains juste à côté (ils en font même des concours). Ils font des courses dans des sacs de riz, récupèrent les tongs cassées pour faire des frisbees. Ils escaladent les cocotiers et décorent leurs cabanes. Ils savent se construire des yoyos avec du bois et un clou. Ils font des costumes avec des sacs poubelles et se construisent des épées ou des toupies de très bonne qualité avec ce qu’ils trouvent dehors.

Rien ne se jette vraiment ici.

Même si souvent les villes Philippines ressemblent à des déchetteries, même si les Philippins n’éteignent pas le moteur de leurs voitures lorsque la voiture est à l’arrêt (la pause peut durer une heure), et ne savent pas que la climatisation est gourmande en énergie, ils ont beaucoup à nous apprendre en matière de recyclage.

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Ici, les enfants ne sont pas à plaindre, par rapport à ceux qui vivent dehors. A Panabo, il y a des familles entières avec des nourrissons et des petites filles et des petits garçons qui dorment à même le sol au bord des routes. Alors qu’ici au village, les enfants peuvent avoir du riz tous les jours. On leur propose beaucoup d’activités, ils peuvent faire de la musique, du sport, des jeux.

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Mais parfois cela ne leur suffit pas. Leur passé les rappelle à la rue et ils oublient que nous sommes là pour eux et qu’à l’orphelinat ils n’ont rien à craindre. Alors ils fuguent et vont mendier en ville ou volent dans la cuisine et les chambres des autres enfants, des mamans, et des bénévoles (ils ont réussi à déverrouiller ma chambre avec une fourchette !), puis revendent ce qu’ils ont trouvé sur les marchés à des prix dérisoires car ils ne connaissent pas la valeur des choses. Ceux-là n’ont pas appris à travailler, ni intellectuellement, ni manuellement. Ils ne connaissent que le jeu. Pourtant, certains d’entre eux ont des petits frères ou des petites sœurs qui rêvent d’aller à l’école. Dans la journée, ces derniers jouent eux aussi, mais dès le retour de l’école des autres enfants, ils savent être calmes et recopient sur de grands cahiers les leçons qu’ils n’ont pas vues en attendant désespérément le jour où ils pourront partir à l’école le matin avec les autres.

 

 

 

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