Pour la première fois, je n’ai pas passé Noël dans ma famille mais à l’orphelinat d’un pays tropical. Autant dire que je n’ai pas été au bout de mes surprises.

Si seul le jour de Noël est une fête officielle, Noël se prépare très, très tôt : dès le mois de septembre, on commence à décorer les maisons de guirlandes électriques et les pères Noël et les sapins envahissent les commerces. A l’orphelinat, Noël n’est pas seulement une fête religieuse, mais aussi un événement très important pour financer l’année à venir. En groupe avec les bénévoles, on prépare quelques chansons de Noël à chanter dans des églises et auprès de familles plus fortunées. Ce n’est pas la tâche la plus aisée qui nous ait été confiée ! Pour faire chanter les enfants en visaya, il nous a fallu commencer par travailler les textes et la prononciation nous-mêmes. Pour les textes anglais et allemands, les enfants ont dû aussi faire un gros effort d’apprentissage et de régularité aux répétitions. Nous n’avons pas été beaucoup aidés dans ce travail, et ce sont surtout les quatre « house volunteers » qui ont organisé les groupes, pour des raisons d’horaires.

Les Carolings ont commencé en décembre… les enfants n’étaient pas toujours au meilleur de leur motivation. Il faut dire aussi que chanter tôt le matin (départ trois heures du matin pour être à l’heure à la messe) et soir (19 à 21h) n’était pas de tout repos. Il faut être calme et patient, savoir écouter le groupe, écouter le prêtre, et parfois rester sur le dos du camion pendant plusieurs heures, dans la pluie et le vent, pour arriver à destination.

Le déroulement des Carolings a été très révélateur de la mentalité philippine. Parfois, le temps et le coût du trajet étaient très long, tout cela pour chanter dans une ou deux maisons qui n’avaient pas l’air tellement riches. A l’approche de Noël, beaucoup de soirées de Carolings ont été annulées au dernier moment par les familles ou les églises.

Toujours est-il que nous avons pu récolter en tout, malgré les complications près de 14 000 pisos. C’est une fierté pour les enfants de savoir que leurs efforts sont payants et qu’ils ont permis par leur travail de financer l’orphelinat.

Thank You, Ang Babait Ninyo (chanson de Noël en visaya)

source (et mélodie) : http://videokeman.com/abs-cbn/thank-you-ang-babait-ninyo-christmas-2014-abs-cbn/

Umagang may dala
Ng bagong pag-asa
Tibok ng puso, bawat hininga
Kislap ng bituin, lamig ng hangin
Sagot sa panalangin, di man natin hingin

Ang pasko’y paalala
Na bawa’t isa’y pagpapala
Mula sa Kanya, na unang biyaya

Kaya ngayong pasko
Ang blessings ko’y kayo
Thank you, thank you ang babait ninyo
Kaya ngayong pasko
Ang blessings ko’y kayo
Thank you, thank you ang babait ninyo

Thank you, thank you
Thank you, thank you ang babait ninyo

Nadapa man kahapon
Bukas ay babangon
Lahat ng pagkakataon
Ako’y iyong inaahon
Kislap ng bituin, lamig ng hangin
Sagot sa panalangin, di man natin hingin

Ang pasko’y paalala
Na bawa’t isa’y pagpapala
Mula sa Kanya, na unang biyaya

Kaya ngayong pasko
Ang blessings ko’y kayo
Thank you, thank you ang babait ninyo
Kaya ngayong pasko
Ang blessings ko’y kayo
Thank you, thank you ang babait ninyo (2x)

Higit pa sa sapat
Binigay Niya na’ng lahat
Maraming dahilan, maraming paraan
Para sa inyo ay magpasalamat

Kaya ngayong pasko
Ang blessings ko’y kayo
Thank you, thank you ang babait ninyo
Kaya ngayong pasko
Ang blessings ko’y kayo
Thank you, thank you ang babait ninyo (2x)

Thank you, thank you
Thank you, thank you ang babait ninyo

Kaya ngayong pasko
Ang blessings ko’y kayo
Thank you, thank you ang babait ninyo
Kaya ngayong pasko
Ang blessings ko’y kayo
Thank you, thank you ang babait ninyo

Thank you, thank you
Thank you, thank you ang babait ninyo

L’avent

Comme l’association et les projets de MARIPHIL sont financés par des Allemands, ce sont les belles traditions de Noël de ce pays qui se sont imposées, avec la réalisation d’une couronne de l’avent avec quatre bougies à allumer les 4 dimanches avant Noël. Pour chaque bougie, nous avions prévue une petite surprise pour nos enfants : lire un conte de Noël, faire des Plätzchen (les traditionnels biscuits de Noël), une soirée avec de la musique, regarder un film ensemble… Chaque bénévole a préparé pour sa maison un calendrier de l’avent avec des petites surprises à l’intérieur. Parfois c’était une lettre, parfois des sucreries. Pour ma part, j’ai opté pour des photos représentant mon passage dans la maison verte, et les enfants ont été tellement content qu’ils ont récupéré pour eux les photos du tableau. Il va maintenant que je trouve des photos de remplacement pour les espaces vides tachés par la colle et le papier !

 

 

« Maayong pasko » (joyeux  Noël) :

Les mamans ont préparé le repas de Noël un jour à l’avance, et ont reçu un budget de Noël pour que la journée soit spéciale pour nous tous. Dès le matin, les décorations se sont multipliées dans les maisons. Les tables et les chaises avaient été aménagées pour faciliter la circulation. Il n’y avait certes pas de neige et les enfants étaient habillées comme d’ordinaire en vêtement d’été, mais l’on sentait tout de même l’excitation monter. Les enfants avaient déjà vu les éducateurs emballer les cadeaux, ils voyaient depuis plus d’un mois les paquets s’accumuler sous le sapin du bureau, et certains n’avaient pas résisté à la tentation de défaire les paquets. Les cadeaux n’ont pas été une surprise, car ils ont été apportés par des visiteurs (Jollibee, une chaine de fastfood et des groupes bancaires pour la charité de Noël) et les enfants savaient à quoi s’attendre.

Dans l’après-midi, les tables et les chaises ont été disposées dans le hall, autour du sapin et des cadeaux. A 18:30, le repas a commencé. Il y avait de la viande, des pâtes, et un peu de glace à la mangue. Cela semble peu original, mais par rapport à la qualité et aux quantités usuelles, c’était un gros changement. Tout le monde s’est régalé, et mêmes les chiens et les chats de la ferme ont fêté leur Noël avec de bons gros os sauvés in extremis de la poubelle (je suis vraiment passé d’une table à l’autre pour récupérer les restes).

Après le repas et la vaisselle, les enfants ont eu un peu de temps pour jouer, et bien vite nous avons dû nous mettre sur la route de l’église pour assister à la messe du soir. Franchement, je ne me suis jamais autant ennuyée à une messe : tout était en visaya, il n’y avait rien à voir, j’étais assise à l’extérieur de la petite chapelle déjà trop pleine et au bout d’une demie-heure je suis rentrée à l’orphelinat me reposer en attendant le retour des autres.

Vers 10 :50, j’ai ainsi eu le privilège d’assister à la coupure de courant qui n’a pris fin qu’à 2 :00 du matin. Cela ne nous a pas empêché de partager un moment convivial en famille autour de quelques gourmandises, mais les enfants ont dû attendre le lendemain pour les cadeaux. Etonnament, ils n’ont pas été spécialement déçus et personne n’a pleuré ou fait de crise. Ils savent que chacun aura un petit quelque chose et ont l’habitude des contre-temps.

 

Quand j’ai rejoint le hall et son sapin le lendemain matin, le déballage était déjà bien avancé. Shy avait la grande forme pour distribuer les snacks et les cadeaux. Et les enfants étaient tout heureux de découvrir de nouvelles tongs en plastique, un short, une serviette. Les cadeaux n’étaient pas des jouets mais des objets dont on a toujours besoin. Les enfants ont aussi eu droit à une petite pièce, 5 ou 10 pesos, grâce aux généreux sponsors qui ont fait des dons à l’association. Encore une fois, 10 pesos, c’est 20 centimes, mais cela permet d’acheter une glace ou un sachet d’ananas ou 5 petits pains natures ou des vêtements d’occasion encore en bon état.

A 9 heures, 40 de nos enfants avaient un sac sur le dos et étaient prêts à partir dans leurs familles ou chez des tuteurs. Après le départ du minibus, l’orphelinat a semblé bien vide. Un peu déroutant au départ de n’avoir plus que 15 enfants, mais très reposant pour nous tous. Les enfants restants ne se sont pas ennuyés : ils ont été répartis entre trois maisons, et chaque soir l’ambiance a été à la fête. Les enfants ont dormi tous ensemble, filles et garçons, dans la salle à manger et profité aussi des fêtes. Nous avons organisé pour eux une journée à la piscine, et des sponsors ont animé une matinée pour eux et leur ont donné des cadeaux.

Depuis que je suis arrivée à l’orphelinat, j’ai appris à connaître les gens qui travaillent avec moi et leurs motivations. Ici, personne n’est là pour l’argent, et tous sont sous-payés. Les salaires sont tellement maigres que les salariés sont payés deux fois par mois. Même Shy, la directrice, peine chaque mois à payer ses factures. Les éducateurs, psychologues, les mamans, l’infirmière, le jardinier, tous sont là parce qu’ils ont le sentiment d’être investis d’une mission. Ray, le jardinier, a décidé de travailler pour l’orphelinat parce que les créateurs de MARIPHIL l’ont sauvé en payant son séjour à l’hôpital alors qu’il souffrait de complications à cause de son diabète. D’autres sont amenés par leur esprit chrétien, ou par l’honneur de travailler pour l’association (par exemple les « mamans » qui vivent loin de leur famille pour s’occuper d’enfants des rues). Je ne sais pas comment se comportent les autres associations, mais MARIPHIL fait un travail extraordinaire et a des projets ambitieux. Cette année, l’orphelinat a eu la chance de recevoir plus de cadeaux (vêtements et chaussures) que d’ordinaire, mais pour Shy, il était impensable de conserver les cadeaux pour les besoins futurs de l’orphelinat. Impensable aussi que les enfants reçoivent « trop » de cadeaux. Alors elle a décidé de donner les cadeaux en trop aux enfants du quartier, ceux qui ont des parents pour s’occuper d’eux mais n’ont pas tellement plus d’argent. MARIPHIL ne s’occupe pas seulement de ses enfants, mais de tous les enfants, et c’est ce que j’aime particulièrement ici. Il ne s’agit pas non plus seulement de donner un toit aux enfants, mais aussi de les réintégrer à une communauté, de leur apprendre à être « bon » et « justes » et de ne pas seulement recevoir, mais aussi de donner. Ce sont donc les enfants qui distribuent le riz dans les rues lors des actions spontanées de MARIPHIL, et ce sont les enfants qui ont distribué les cadeaux dans le voisinage.

Le Nouvel An

Pour le Nouvel An, seuls quelques enfants et trois « mamans » étaient encore au village, trois maisons fermées et tous les salariés en vacances. Pour nous autre bénévoles, c’était l’occasion parfaite de nous retirer quelques jours à la plage à Mati, où nous avons su depuis nous lier d’amitié avec les employés du camping et les autres vacanciers.

Pour le Réveillon, le repas a été copieux, et de très bonne qualité, avec fromage, salami, des poulets, un cochon entier, des fruits et salades, des gâteaux et même des bières et sodas. Tout a été préparé par la mère de Gabi (propriétaire du camping et conjoint de la responsable marketing de MARIPHIL). Après le repas, nous avons assisté aux feux d’artifices depuis la plage et nous-mêmes allumé des pétards à minuit, sept heures avant nos amis européens. Malgré le vent, la soirée a vraiment été réussie et pleine de belles rencontres.

 

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